Changements sur "Lancement de la V0.12 de Decidim"
Description (Français)
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Decidim, à pas de géant
Le 17 mai dernier, l’équipe d’Open Source Politics a eu la chance d’être invitée en tant que partenaire du projet Decidim à la journée de présentation de la nouvelle version de la plateforme et au colloque consacré à l’innovation démocratique dans les villes en réseau. Pour nous, cet événement était l’occasion de découvrir les nouvelles fonctionnalités de Decidim, mais également de rencontrer enfin les personnes qui s’activent au quotidien à son développement. C’est ce que beaucoup d’entre nous ont apprécié : l’occasion d’associer enfin des visages aux noms que nous croisons virtuellement tous les jours.
Ce résumé s’articule en deux temps - une synthèse succincte des interventions de la journée puis la liste des nouveautés de la v0.12.
Outre la présentation technique, l’équipe barcelonaise en charge de l’organisation a profité de cette journée pour nous proposer différentes visions complémentaires de la participation citoyenne permise et encouragée par Decidim. Le programme était donc chargé ; Xabier Barandiaran (le “chef de produit” de Decidim) nous annonçait dès son introduction que la journée allait être palpitante et intense.
Le 1er panel a parfaitement ouvert ce moment de réflexion collective : les différents participants témoignaient de multiples “expériences de participation citoyenne et démocratie directe”. Carola Castella (docteure en droit de l’université autonome de Barcelone), Arantxa Mendiharat (Participa Lab / Medialab Prado), Alberto Abellan (chercheur qui s’occupe de la participation à Castilla-La Mancha) et Virgile Deville (co-fondateur d’OSP) nous ont ainsi fourni des réflexions nourries par l’expérience de terrain qu’ils partageaient tous.
Plusieurs éléments, que nous partageons entièrement à Open Source Politics, ont été mis en avant. L’hybridation entre participation physique et numérique est ainsi d’une importance capitale. Sans ces deux possibilités, le processus participatif ne fonctionnera pas ou peu. Tous ont également souligné l’importance des administrations dans les transformations politiques à l’oeuvre aujourd’hui.
Selon C. Castella, ces administrations sont en crise ; l’utilisation au sein d’un régime représentatif de nouveaux instruments de démocratie participative permettrait de pallier aux multiples lacunes que l’on identifie aujourd’hui et de “résoudre la tension entre démocratie représentative et démocratie directe”, pour A. Mendiharat.
Virgile a pu profiter de cette tribune pour faire état du développement à très grande vitesse de Decidim en France et en Belgique. En effet, ce sont désormais 14 institutions qui ont fait appel à nous pour utiliser la plateforme en soutien de leurs démarches de participation citoyenne en ligne. OSP se positionne donc comme partenaire privilégié dans le cadre de l’expansion européenne de ce bien commun numérique.
Les nombreux exemples locaux évoqués nous ont donc permis de nous rendre compte de la multiplicité des contextes dans lesquels Decidim peut s’inscrire. Construit à l’origine pour soutenir l’organisation du Plan d’Action Municipal à Barcelone (à grande échelle donc), Decidim a ainsi essaimé dans de multiples communes catalanes à des échelles plus réduites (Castilla-La Mancha, Pampelune et de nombreuses autres) avant de s’ouvrir à travers le travail d’OSP à d’autres institutions (à l’échelon national, régional, métropolitain). Plus récemment, la plateforme a même pu s’adapter à des contextes privés ; la prise en charge de besoins variés a permis de tester l’adaptabilité de Decidim. Toutefois, si ces cas d’usages sont bien différents, il reste beaucoup d’interrogations communes : ce constat a ouvert nos discussions sur le partage de bonnes pratiques.
Les intervenantes qui constituaient le 2ème panel, axé sur le “passé, présent et futur de la démocratie directe”, sont rentrées plus profondément encore dans le sujet. C’est Gala Pin, la conseillère municipale de la mairie de Barcelone, qui a d’abord repris dans les grandes lignes les caractéristiques du projet Decidim tel qu’il est mis en oeuvre à Barcelone. Particulièrement avancée, l’intégration dans l’administration de la participation des Barcelonais a produit deux règles. Les élus municipaux ont ainsi mis en place une sorte de “principe de précaution”, affirmant que la mairie n’a pas le pouvoir de rejeter une initiative citoyenne majoritaire - sauf dans le cas où celle-ci serait illégale. Ensuite, afin que l’administration ne soit pas bloquée par des postures politiques, l’idée de base de Decidim était de rendre la participation aussi transversale que possible. En valorisant cet objectif, la mairie de Barcelone essayait de limiter le poids des partis - puisque la décision est prise sur Decidim par des citoyens de tous horizons politiques, les partis n’ont pas lieu de la contester au risque de se trouver en décalage avec leur électorat.
Yanina Welp avait ensuite pour rôle de rebondir en présentant le système de votation suisse, beaucoup plus ancien et donc plus éprouvé. Il s’agissait pour elle de revenir sur les essais helvètes et d’en tirer quelques leçons - il est en effet désormais presque habituel de présenter le système suisse comme étant le plus démocratique du monde. En tant que chercheuse au sein du Centre de Recherche pour la Démocratie Directe de l’Université de Zurich, elle n’a pas manqué de souligner les points très positifs de ce système, mais également les difficultés. Les divers référendums organisés pour garantir le droit de vote des femmes, par exemple, se sont soldés jusqu’à 1971 par des défaites. En insistant sur le fait que les élus doivent ressembler (notamment socialement) aux citoyens, elle différenciait trois mécanismes de déclenchement de la participation : le processus top-down (qui part d’une institution), le mécanisme obligatoire (déclenchement par la loi) ainsi que la démarche indirecte (pétition, initiative populaire). L’initiative populaire, très utilisée en Suisse, est chérie par les citoyens puisqu’elle leur permet d’imposer un sujet au Parlement ; mais sa mise en oeuvre demande du temps et de l’argent. Elle touchait alors ici au coeur de son argumentaire : une volonté politique est nécessaire pour “développer un cadre favorisant l’installation de mécanismes spécifiques” de participation.
A l’occasion d’une pause bienvenue, nous avons pu visiter la Fabrique de création rénovée où s’est installée l’équipe de Decidim à Barcelone et l’intégration de leurs bureaux à un espace de création artistique récemment ouvert.
Les caméras sont arrivées en nombre pour la deuxième partie des interventions. Le 3ème panel, qui s’intitulait “Barcelone, ville démocratique et en réseau”, accueillait en effet Manuel Castells, chercheur en sociologie à l’université de Californie et reconnu pour ses travaux sur la “société en réseau”. Après un rapide résumé des affres que subit la démocratie libérale aujourd’hui, son discours s’est fait optimiste. Il voit en Barcelone un processus d'“autonomisation des participants” couplé à une volonté politique importante, ce qui provoque pour lui un cocktail intéressant permettant l’émergence d’une participation pas simplement “informative”.
La deuxième invitée n’était autre qu’Ada Colau, la maire de Barcelone. Elle aussi a commencé par exprimer son inquiétude quant à la qualité de la démocratie autour du monde et a directement repris à son compte l’idée qu’il n’y a pas de participation s’il n’y a pas de citoyenneté active.
Esquissant ensuite un début de bilan de l’action de son Conseil municipal pendant le mandat 2015-2019, elle n’a pas hésité à exprimer sa surprise face à la réaction de l’administration à la mise en place de Decidim. L’équipe qui porte Decidim est en effet soutenue par les élus et regrette un manque d’assise dans l’administration municipale. A travers la mise en place d’une formation des agents municipaux, c’est un appel à “mettre à jour les activités de l’administration” qu’Ada Colau a voulu lancer, sous peine de voir les services publics se dégrader toujours plus. Elle a d’ailleurs noté combien les administrations pouvaient être vectrices de changement social dès lors qu’elles en avaient les moyens. Il s’agit donc selon elle de rénover l’action publique en établissant une puissante connexion avec les citoyens, l’objectif étant selon elle que “[sa] maman puisse réussir à aller sur Decidim seule”.
Les interventions terminées, il était temps de rentrer dans le vif du sujet, à savoir les nouveautés contenues dans les prochaines versions de Decidim. Nommée “Ada Lovelace” en l’honneur de la première programmeuse de l’histoire, la version 0.12 introduira notamment un nouveau design de certains composants essentiels de la plateforme.
Initialement conçue comme une v1.0, cette mise à jour n’a pas été jugée assez stable par les développeurs. Le cycle d’itération continue donc, avec la perspective d’une version 1 plus complète lors de la prochaine Decidim JAM en novembre.
La roadmap a d’ailleurs été mise à jour : https://decidim.org/docs/features-and-roadmap/
Trois innovations principales arrivent avec la mise à jour 0.12 Ada Lovelace de Decidim : un redesign des cartes de propositions et rencontres, l’intégration de véritables profils personnels des utilisateurs et une première mouture du moteur de recherche.
Les cartes de propositions et de rencontres ont ainsi été entièrement redessinées afin d’accroître à la fois leur lisibilité, leur accessibilité et leur attractivité.
Les profils personnels des utilisateurs ont également été revus pour accentuer le rôle de réseau social de la plateforme. Bien que les transformations les plus importantes sur ce point auront lieu lors de la prochaine mise à jour, la version 0.12 introduit déjà des modifications substantielles.
Les profils utilisateurs ont vocation à prendre de l’ampleur dans la future version 0.13 avec notamment l’apparition d’une timeline et la centraisation des flux de notifications et de conversations (premier aperçu des maquettes et fonctionnalités sur cette issue #3121 : https://github.com/decidim/decidim/issues/3121).
La dernière fonctionnalité importante de cette nouvelle version est l’outil de recherche, qui couvrira toute la plateforme et permettra d’effectuer une recherche sur n’importe quelle proposition ou rencontre intégrée à Decidim.
Au-delà des nouvelles fonctionnalités techniques, l’équipe de Decidim souhaitait également nous faire part de transformations organisationnelles, qui permettront très certainement à l’avenir d’améliorer la technique de la plateforme.
Xabier Barandiaran nous a ainsi détaillé le lancement du laboratoire d’expérimentation démocratique. Parti d’une proposition citoyenne, ce laboratoire a pour objectif affirmé de réunir toutes les énergies volontaires afin de travailler à la résolution de divers problèmes et interrogations posées par l’avancée du projet Decidim.
Lieu de rencontres, de formation, d'expérimentation politique et de développement de nouvelles technologies et pratiques collaboratives, ce nouveau laboratoire veut accueillir tous les citoyens et citoyennes qui veulent participer au développement de la participation politique à Barcelone, via Decidim mais également en réfléchissant à la mise en oeuvre de nouvelles formes de participation physique. La création de ce nouvel organe de réflexion au sein de l’équipe de Decidim permet d’anticiper les futurs défis que connaîtra le projet et de conforter sa pérennité au sein de l’administration barcelonaise en l’incluant au coeur d’une large palette d’option de participation.
Jalon important de l’expansion de Decidim, cette journée a permis de faire se rencontrer les différents acteurs qui portent le développement de la plateforme, ainsi que de nous donner à tous une vision à plus long terme de ce que deviendra Decidim dans les mois à venir. Nous sommes impatients de mettre en place, progressivement d’ici l’été auprès de chacun de vous, les nouveautés développées en Catalogne pour qu’elles puissent être confrontées avec votre pratique de terrain.
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